LUTTONS CONTRE LES FAUTESLena Floch, jeune actrice de 20 ans, brune aux yeux noisette, de taille moyenne, jolie dans son genre, était une personne très chanceuse - du point de vue professionnel en tout cas - et elle le reconnaissait volontiers. Elle avait déjà beaucoup de films à son actif et pas des plus faciles. Elle aimait les défis et le faisait bien comprendre. Mais ce soir, elle s'apprêtait à en relever un qu'elle aurait pour une fois préféré éviter. Elle allait avoir besoin de tout son courage et sa motivation pour affronter ce qui l'attendait. Elle faisait partie des invités d'une émission anglaise très populaire qu'elle n'appréciait pas particulièrement, pour parler de son dernier film, où elle jouait le rôle d'une adolescente qui tentait par tous les moyens possibles de faire accepter son petit ami à ses parents. Pas très compliqué, vous en conviendrez, le vrai défi était ailleurs. Elle avait apprit la veille au soir que quatre des invités seraient les musiciens du groupe Tokio Hotel, qu'elle n'avait pas revu depuis cinq longues années. Elle allait donc devoir passer la soirée avec eux. Avec lui. Car évidemment ils étaient également conviés tous les cinq à la réception qui suivait l'émission. Elle s'était toujours arrangé pour éviter tout ce qui les concernait de trop près et voilà qu'elle tombait en plein dedans. Non pas qu'ils l'insupportent, bien au contraire, justement. Elle avait gardé contact avec Gustav, qui était resté son meilleur ami, mais l'avait supplié de n'en rien dire aux autres. Il ne lui parlait jamais de Bill, il ne voulait pas. Et Lena avait trop peur de faire ressurgir des sentiments qu'elle avait mis beaucoup trop de temps à étouffer. Elle regarda sa montre. 18h00. Bah, depuis cinq ans, ils devaient avoir changé, Bill l'avait sûrement oubliée, la célébrité avait peut-être eut raison de lui et lui avait pourri le cerveau. Ça n'avait pas l'être d'être le cas de son meilleur ami, mais sait-on jamais.
- Ma belle, il est temps d'activer ! Se dit-elle.
Elle ouvrit sa penderie et en sortit un jean délavé, des converses et regarda ses tee-shirts, les jetant un peu partout selon qu'ils lui plaisaient ou non. Finalement, elle opta pour un haut vert pomme. Elle tressa ses cheveux, laissant quelques mèches tomber sur son visage, enfila une veste longue, attrapa ses lunettes de soleil, son chapeau, son sac, et sortit, direction les plateaux télé. Elle savait qu'elle allait être savamment recoiffée, remaquillée et rhabillée mais elle n'aimait pas sortir avec des tenues classiques, c'était plus fort qu'elle, elle avait toujours été comme ça.
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Lorsqu'elle arriva, elle s'étonna comme à chaque fois de l'agitation qui régnait dans les couloirs. Les employés savaient exactement ce qu'ils avaient à faire et fourmillaient dans tous les coins sans se soucier de ce qui les entourait. Une femme d'environ quarante ans s'approcha de Lena, un grand sourire aux lèvres.
- Bonjour, vous devez être Miss Floch?
- Oui, c'est moi, lui répondit la jeune actrice.
- Veuillez me suivre jusqu'à votre loge, je vous prie.
Lena acquiesça et obtempéra. Elles s'arrêtèrent devant une porte sur laquelle étaient gribouillées les lettres "Tokio Hotel" à la craie. Le ventre de la jeune fille se contracta quand la femme frappa.
- Nous n'allons pas à ma loge ? Demanda-t-elle anxieuse.
- Si, seulement il n'en reste plus qu'une et pour y accéder il faut traverser celle-là, un défaut de construction de l'immeuble, je suis confuse, Miss, vraiment !
Lena hocha la tête et son ventre se noua quand la porte s'ouvrit sur un jeune homme blond aux cheveux courts et aux yeux noirs.
- Oui ?
Ses yeux s'arrêtèrent sur elle.
- Lena ? Murmura-t-il surprit.
La jeune fille tenta un timide sourire et celui que le jeune homme lui rendit était éblouissant.
- Comment vas-tu ? J'ai constaté que pour toi ça marche ! Tu veux que j'appelle Bill ?
- Non ! S'empressa-t-elle de répondre. En fait je dois juste traverser cette loge pour aller à la mienne, et oui je vais bien, merci !
Elle sourit. Elle était rassurée car Gustav devait être le seul à ne pas lui en vouloir, ces cinq années passées à s'éviter volontairement n'avaient visiblement pas altéré son amitié. Et puis ils étaient tous les deux heureux de se parler enfin face à face. Bien sûr, le jeune homme se doutait que Lena tenait à éviter de se faire repérer par le reste de la bande alors il parla à voix basse.
- Lena, j'aimerais qu'on discute, toi et moi.
- Je pose mes affaires... Viens avec moi si tu veux !
Il hocha la tête et les deux jeunes gens suivirent la guide qui, soit dit en passant, commençait à s'impatienter. La pièce n'était pas très grande, un canapé trônait au milieu, trois hommes étaient assis dessus et jouaient à la console devant la télé.
- C'est qui Gus ? Héla l'un d'eux, et d'immenses dreadlocks dépassaient du canapé de là où la voix provenait.
Tom. Lena sentit son c½ur battre plus vite. Il fut un temps où le guitariste avait été son plus grand complice en matière de plan foireux et elle se doutait que son départ précipité avait dû beaucoup l'affecter. tous deux passaient souvent des après-midi entières à jouer de la guitare alors que Bill chantait près d'eux, jalousant souvent son jumeau et s'inquiétant que celui-ci ne lui vole son amie.
- T'occupes, répondit Gustav d'une voix neutre.
Lena espéra de tout son c½ur qu'il ne se retourne pas mais ses espoirs tombèrent rapidement à l'eau. Les cheveux d'un noir de geais parsemés de mèches blanches, le maquillage genre "dark rebel", un regard à se damner, le visage impeccable, Bill se redressa et tourna la tête vers elle. À l'instant où leurs yeux se croisèrent, Lena détourna les siens pour fixer la porte du fond, sentant le rouge lui monter aux joues alors que son c½ur cognait dans sa poitrine.
- Veuillez nous pardonner du dérangement, messieurs, s'excusa la guide. Nous ne faisons que passer !
La jeune femme ferma les paupières alors que les deux autres musiciens se retournaient également vers elle. Quand ils la virent, leurs yeux s'arrondirent alors que le silence devenait plus qu'opressant. Elle traversa le plus rapidement possible le reste de la pièce et s'engouffra dans sa loge dès que la femme lui eut ouvert la porte.
- Je viendrais vous voir quand ce sera à votre tour d'entrer sur le plateau, Miss.
- Bien, merci.
La porte se referma enfin, plongeant à nouveau la pièce dans le silence. Lena se colla dos à elle, poussa un long soupir et se laissa glisser au sol. Aucun bruit n'émanait de la pièce d'à côté. Cinq ans qu'elle réussissait à l'éviter, ne le voyant plus que par la presse, et voilà qu'il était là, à quelques mètres seulement, séparé d'elle par une simple paroi en plâtre. Elle pouvait sentir sa présence et sursauta quand trois coups résonnèrent dans son dos. Elle ne répondit pas.
- C'est Gustav.
Elle se leva finalement mais n'osa pas ouvrir. Le jeune homme soupira.
- Je te promets que les autres ne sont pas derrière moi, chuchota-t-il, moqueur
Elle sourit à peine et ouvrit juste assez pour qu'il puisse entrer, ce qu'il fit. Ils se contemplèrent un long moment sans rien dire, puis l'actrice brisa le silence.
- Tu as grandit, murmura-t-elle.
- Et toi... tu es devenue tellement jolie ! Répondit le jeune homme.
Elle se mordit les lèvres et se jeta dans ses bras. Il la serra tellement fort qu'elle en eut mal mais pour rien au monde elle n'aurait bougé de là. Cinq ans qu'elle attendait avec impatience le moment où ils pourraient enfin se revoir comme avant.
- Pardon, sanglota-t-elle. Je suis... tellement... désolée...
- Calme-toi, chuchota Gustav en lui caressant les cheveux et en lui embrassant le front.
Il l'amena jusqu'au canapé où elle s'assit et se blottit contre lui. Le jeune homme la berça doucement en lui murmurant des paroles réconfortantes. Sa voix finit par la calmer et elle cessa de pleurer.
- Je t'ai fait du mal, marmonna-t-elle au bout d'un moment.
Gustav ne répondit pas. Ce n'était pas lui qui avait souffert le plus, mais il n'avait pas été épargné non plus par la douleur qu'avait occasionné son départ.
- Je suis qu'une pétasse égoïste et lâche !
- Chuuut, n'importe quoi...
- Mais si ! Je vous ait lâché, je me suis tiré sans rien dire...
- T'avais peur, c'est normal...
- Cinq ans, Gustav, cinq ans qu'on ne s'était pas vu, c'est énorme !
- Je sais... mais on a gardé contact, et puis l'important c'est et présent et là, on est ensembles, d'accord ?
Lena hocha la tête. Une question la démangeait cependant. Sur le sujet qu'il n'avait jamais abordé depuis ce fameux départ. Ce sujet qu'il avait volontairement évité, lui disant clairement qu'il ne voulait pas lui en parler.
- Et Bill ?
Pendant un moment, Gustav resta muet, les yeux dans le vague. Puis il finit par dire d'une voix claire:
- J'en sais rien, il nous en a pas trop parlé.
Il prit ensuite un papier et un crayon, faisant signe à son amie de se taire, et lui gribouilla un message.
Je te promets que je t'en parlerais mais là je ne peux pas, les trois autres sont sûrement collés à la porte !
Lena se retint de rire. Puis il y eut un bruit de bousculade et on frappa à la porte. La jeune femme ouvrit sur la guide, toujours souriante.
- C'est à vous, Miss, suivez-moi je vous prie.
Elle salua une dernière fois son ami et obéit à la femme. À nouveau, elle croisa son regard mais cette fois, elle ne réussit pas à l'éviter et son c½ur manqua un battement. Dans ses yeux elle lisait la colère, l'incompréhension mais aussi quelque chose d'autre qu'elle n'arrivait pas à décrypter, comme du regret. Elle se rendit alors compte que ces cinq années passées loin de lui à essayer de faire comme si elle ne l'avait jamais connu ne lui avaient été d'aucune utilité, il lui faisait toujours autant d'effet, quoi qu'elle essaye de se faire croire. L'ouverture de la porte du couloir ramena Lena à la réalité. Le visage de Bill disparu de son champ de vision.